“Wabi-Sabi est la beauté des choses imparfaites, impermanentes et incomplètes. C’est la beauté des choses modestes et humbles. C’est la beauté des choses atypiques.” Léonard Koren, architecte et théoricien de l’esthétique

J’ai découvert la philosophie wabi-sabi il y a quelques mois, complètement par hasard, dans un article parlant de design et d’architecture.
Le principe en lui même m’a beaucoup parlé et je me suis rendue compte que, si l’angle par lequel je l’avais découvert était celui du design d’objet et des choix de matériaux de construction, cela pouvait parfaitement correspondre à ma pratique professionnelle qui mêle design graphique et gestion d’entreprise.
Pour commencer, la philosophie wabi-sabi, qu’est ce que c’est ?
Le wabi-sabi est constitué de deux principes entremêlés : le wabi, qui fait référence à la plénitude et à la modestie que l’on peut éprouver en observant la nature et le sabi, la sensation que l’on ressent lorsque l’on voit des choses patinées par le temps ou le travail des êtres humains.
Ensemble, ces deux concepts expriment une appréciation de l’imperfection, voire de l’incomplétude. Cette philosophie japonaise encourage à reconnaître et à célébrer le charme naturel des choses, valorisant non pas la perfection, mais la conscience et l’acceptation des imperfections.
La résistance et le contrôle font place à l’acceptation et au lâcher-prise offrant une nouvelle perception de l’environnement. La perfection si prisée autrefois devient fade et dénuée d’intérêt.
Dans la culture wabi-sabi d’inspiration zen, les pratiques sont axées sur la vie dans l’instant présent et l’acceptation de la fugacité.
Les principes du wabi-sabi
Principe 1 : l’imperfection
Le wabi-sabi est imprégné d’imperfection et met l’accent sur la beauté des défauts, l’érosion dans le temps et l’impermanence. Il met l’accent sur l’art de l’imperfection**,** car la vie est imparfaite et unique, et rien n’est éternel selon cette école de pensée, tout est en mouvement.
Principe 2 : l’impermanence
L’impermanence est la principale composante du wabi-sabi, qui reconnaît la nature cyclique de la vie. Elle met en évidence le cycle de transformations de chaque être et la nature éphémère des plus belles choses.
Principe 3 : l’incomplétude
Le wabi-sabi embrasse l’idée d’objets incomplets, illustrant et célébrant ainsi la nature transitoire et imparfaite de la vie.
Wabi-sabi et entreprenariat, quel rapport ?
1. L’imperfection
Lorsque l’on crée et que l’on gère une entreprise, même une entreprise d’une personne, rien n’est jamais parfait, rien n’est jamais fini. C’est un work in progress permanent, un chemin rempli de tests, d’évolutions, d’ajustements.
Accepter cet état d’imperfection et, plus que “faire avec”, l’embrasser pleinement, est tout à fait dans la philosophie wabi-sabi.
Nos offres évoluent, il y a des versions beta, notre discours et notre positionnement s’affinent et s’affirment au gré des échanges et des expériences.
Le wabi-sabi invite à commencer avant de se sentir totalement prêt·e, voir les aspérités non pas comme un manque, mais comme des marques de sincérité et d’apprentissage.
2. Le temps long et les cycles
Construire et maintenir une activité professionnelle d’indépendant·e, c’est envisager les choses sur le temps long. Rien n’est immédiat, et quand bien même il y aurait une accélération soudaine, le maintient se pense dans la durée.
C’est enfoncer une porte ouverte que de dire que la vie d’une entreprise est faite comme les montagnes russes : il y a des hauts et des bas, des accélérations et des passages pour reprendre son souffle.
Le wabi-sabi propose d’accepter et d’apprécier le parcours : vivre plus sereinement les périodes de creux, accepter que certaines choses mûrissent lentement.
Construire une activité durable, c’est permettre au temps faire son travail, comme une patine.
3. La sobriété plutôt que l’accumulation
Qu’on pourrait résumer par la recherche de l’essentiel et l’abandon de la quête de l’objet brillant.
On est ici dans le concret et le tangible : on n’accumule pas les offres, ni les outils, ni les canaux de communication à tout va. On choisit mieux ses clients, on troque les promesses pour de la cohérence.
4. L’authenticité comme avantage concurrentiel
Le wabi-sabi valorise ce qui est singulier, irrégulier, non standardisé.
Or, c’est exactement ce que la·e solopreneur·e possède : une voix, une histoire, une manière de faire qui ne peut pas être industrialisée.
Plutôt que de lisser son image et disparaître dans la masse des freelances et des offres, il s’agit non seulement de l’assumer pleinement mais de la mettre en avant.
5. Faire avec ce qui est là
Pour finir, intégrer le wabi-sabi dans sa pratique professionnelle, c’est arrêter de penser “quand j’aurai plus de temps, plus d’argent, plus de légitimité, plus de connaissances… etc” et commencer, se mettre en action en prenant en compte ses contraintes, ses limites, son contexte réel.
L’idée n’étant pas de se résigner et de se restreindre dans ses ambitions mais de créer à partir de ce qui est présent.
Le wabi-sabi en solopreneuriat, c’est choisir une croissance imparfaite mais juste, lente mais solide, personnelle plutôt que performative.
Adopter le wabi-sabi au quotidien, c’est s’affranchir de la quête inatteignable de la perfection et calmer la pression et le sentiment de submersion.
Respirer et profiter de l’instant.“Wabi-Sabi est la beauté des choses imparfaites, impermanentes et incomplètes. C’est la beauté des choses modestes et humbles. C’est la beauté des choses atypiques.” Léonard Koren, architecte et théoricien de l’esthétique